Après avoir grimpés sur le volcan Cotopaxi il y a quelques jours, aujourd’hui nous prenons la direction du volcan Quilotoa, à environ 3 900m d’altitude. Encore un volcan ? Oui oui, encore un ! Ce petit pays qu’est l’Équateur est le pays des volcans par excellence puisqu’il en dénombre pas moins de 84, dont 27 actifs ! Et celui que nous allons découvrir aujourd’hui, le Quilotoa, est connu pour sa beauté: au milieu de son cratère de 3km de diamètre se trouve un joli lac aux eaux turquoises. C’est une visite qui va nous couper le souffle par la beauté de ses paysages, mais qui va aussi s’avérer plein d’imprévus, de sprints, et d’émotions !
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En ce dimanche matin, nous nous réveillons aux aurores, à 5h du mat’, pour nous rendre de bonne heure sur le volcan Quilotoa et éviter les trombes d’eau qui tombent tous les jours en début d’après-midi.
Sauf que dès que nous ouvrons nos yeux (et nos oreilles), on se rend compte qu’il pleut déjà des cordes !! On tergiverse pendant 20 minutes à savoir si on fait les 2h aller + 2h retour en bus pour aller à , car s’il pleut toute la journée ça n’a pas grand intérêt… Dur dur de prendre des décisions pareilles quand ta tête est encore dans le brouillard 😅
On finit par se dire qu’on prend le risque et décidons d’y aller. Maintenant que nous avons perdu du temps à réfléchir, on doit se grouiller de se préparer car notre bus est à 6h et on a 15 minutes de marche. On aura vu mieux comme réveil en douceur, car à peine levés on court ! (On ne le savait pas encore, mais ce sera notre crédo pour la journée).
5h50, on est fiers car nous arrivons au terminal de bus avec 10 minutes d’avance 💪 Ouep, bah c’était sans compter qu’en arrivant sur le quai, on voit notre bus qui se fait la malle sans nous ! On se met à courir comme des dératés, dans les rues sombres et désertes, avec en bonus la pluie et les flaques d’eau. Après 3 minutes de sprint, mes 2 poumons décident que c’est trop d’exercice de bon matin et coupent toute entrée ou sortie d’air. Jeff, quant à lui continue de courir, sautant par dessus les marres d’eau (c’est la taille au dessus des flaques) et brandissant son beau parapluie tout neuf, pour faire des signes au chauffeur.
Le bus finit par se garer sur le bas côté wouhou ! On monte dedans, essouflés mais contents. Il est 6h, on est trempés autant par la pluie que par la transpi, et surtout on est déjà épuisés alors que la journée n’a même pas encore commencé.
Et vous savez le meilleur dans tout ça ? Eh bien, le bus ne part que 10 minutes plus tard… Donc, on a couru pour rien ! 😅
Mais bon, on est dans le bus et c’est le plus important. Maintenant y’a plus qu’à espérer qu’il fasse beau là-haut 🤞

Le bus se met en mouvement et s’arrête régulièrement pour prendre des passagers. La plupart d’entre eux portent le chapeau local, on adore leur look !
Apparemment, il n’y a pas que nous qui sommes fatigués, car le Monsieur d’à côté s’endort rapidement. Contrairement à moi, qui m’endors avec la bouche ouverte, le cou à 90°C et la tête qui se balade de droite à gauche (c’est le moment glamour), lui il dort super dignement et, pendant les 2h de bus, sa tête ne bouge pas d’un poil ! Il va falloir m’expliquer quel est son secret. Peut-être que son chapeau a un super-pouvoir ?

Ce petit Monsieur a attiré notre attention, mais ce qui l’a attiré encore plus, se sont les magnifiques paysages.



Nous restons littéralement scotché à la fenêtre pour admirer cette sublime route, qui serpente au milieu de vallées agricoles et de montagnes. Nous avons même le droit à un arc-en-ciel ! 😍


2h plus tard, on descend du bus. La pluie a cessé (on est chanceux!) et on traverse le petit village qui s’est développé aux abords du cratère. Nous arrivons au point de vue et découvrons, comme deux gamins émerveillés, le volcan Quilotoa.


Je ne sais pas si ce sont nos grands sourires qui l’ont attiré mais un joli colibris, tout vert comme le reste du paysage, vient se poser devant nous et nous observe quelques secondes avant de reprendre son envol.

Après ce moment magique, on enchaîne avec un gros moment de panique. Jeff n’a plus son téléphone sur lui. La joie disparaît, et laisse place à l’angoisse. Il faut savoir que Jeff gère tout son business à distance depuis son téléphone. Le perdre est donc vraiment TRÈS problématique ! Après avoir fouillé chaque poches de nos doudounes, pulls, pantalons et sac à dos, le constat est sans appel: pas de tel. On se met donc à courir (encore) vers l’entrée du parc en espérant que le bus soit encore là. Moi je n’y crois pas, je l’ai vu partir…
Jeff tape son meilleur sprint, je ne l’ai jamais vu courir si vite. On arrive à l’entrée. On voit un bus garé. On reconnaît notre chauffeur. Jeff monte dans le bus. Moi, je retiens mon souffle. Quelques secondes plus tard, oh miracle, il ressort victorieux, avec son plus beau sourire plaqué sur la face, en brandissant son téléphone tel un trophée. Le gars, il a quand même une sacrée p***** de chance !!! Désolée des gros mots mais, ni l’un ni l’autre n’en revenons ! (le bus était bien parti, mais seulement pour faire demi-tour).
Après ces montagnes russes, nous décidons de nous mettre en quête d’un café pour prendre le temps de nous remettre de nos émotions. En chemin, nous croisons plein de locaux. Ils se connaissent tous et commencent leur journée. On entend des « Holà » par-ci, des « Holà » par-là, on voit certain.e.s amener leurs animaux au pré, tandis que d’autres ouvrent leurs boutiques. La plupart portent des tenues traditionnelles: poncho et chapeau, et souvent les femmes revêtent une jupe et de petits talons. Elles sont belles ! Nous avons aussi observé que, lorsqu’il pleut, pour protéger leur chapeau, les gens l’emballent dans un sac plastique avant de le remettre sur leur tete. C’est amusant.


On se dégote un resto avec une vue incroyable sur le volcan, où l’on s’installe une petite heure avant de se remettre en mouvement.


Nous nous engageons ensuite sur la boucle de 10km qui entoure le volcan. On ne sait pas encore si nous allons tout faire, mais ce qui est sûr c’est que nous avons envie d’en voir plus et de nous dégourdir les jambes. On croise un Monsieur qui nous dit qu’il y en a pour 4h en marchant tranquilou. Pas sûre que cela prenne en compte le fait que nous nous arrêtions tous les 100 mètres pour faire des photos tellement c’est beau 😍 À ce rythme là, il nous faudra plutôt 6h 😅

On alterne entre chemins de terre, sablonneux, ou en forêt; montées et descentes.



Le chemin nous offre une magnifique vue sur le cratère mais aussi sur les vallées alentours. C’est sublime !


Bien-sûr je m’arrête à chaque fois que je vois des petites fleurs pour les photographier.




45 minutes plus tard, en nous arrêtant (pour la millième fois) pour admirer le paysage, nous voyons au loin la ville et le café où nous avons été ce matin. Et, on voit aussi que c’est tout gris par là bas et qu’il a l’air de bien pleuvoir.

Là, la question se pose: est-ce que nous continuons ou faisons-nous demi-tour ? Nous n’avons même pas fait 1/4 de la boucle, mais c’est tellement beau que j’ai envie d’en voir plus. Jeff est mitigé: il voudrait continuer mais il a l’air plus réaliste que moi concernant la difficulté de ce qui nous attend si on veut faire le tour du cratère. Je fais pencher la balance avec le super argument « si nous faisons demi-tour, c’est sûr qu’on va se prendre la pluie… ». Et nous voilà donc parti pour la suite des 10km, sur le petit sentier, en marchant un peu plus vite pour éviter que les gros nuages ne nous rattrapent.


Voilà 2h30 que nous marchons et nous arrivons à une sorte de refuge. On en profite pour faire une pause, pour grignoter quelques snacks, et pour racheter de l’eau. Oui parce que comme nous n’avions pas prévu de faire 10km, nous sommes donc partis avec seulement 1L d’eau pour deux et ça fait maintenant 1h qu’on doit se rationner… C’est qui les champions de l’organisation ? 😆

La dame qui tient le refuge nous dit que nous sommes à la moitié. On est déjà crevés et on se dit qu’on va terminer la boucle sur les genoux… D’autant plus que la partie la plus haute du cratère nous attend !
En voyant la hauteur à franchir, je suis en flippe de me retrouver, comme un peu plus tôt, sur un passage avec le vide des deux côtés. Je marchais avec les yeux fixés sur les pieds de Jeff devant moi, en me répétant en boucle « allez ma fille, tu peux le faire, avance ». Et bien sûr, malgré la fatigue, il fallait rester hyper concentrés car si tu t’emmêles les pieds ou tu te les prends dans une roche, c’est Chao Bye Bye. Bref, le gros stress pour moi et j’espère vraiment qu’aucun autre passage comme celui-là ne nous attend.
Allez, haut les cœurs, on y va. C’est parti mon kiki pour la grimpette de cette petite crête de rien du tout ! Oui, oui je m’encourage toute seule, il faut ce qu’il faut ahah

Entre les cailloux qui glissent sous les chaussures, les roches à éviter ou à escalader, et l’altitude (je rappelle que nous sommes à plus de 3 800m), autant vous dire qu’on s’essouffle vite, que la montée est longue et difficile et que nous devons faire de nombreuses pauses pour reprendre notre respiration.

On galère et l’humour cynique de Jeff ressort: « Tient, et si on se levait à 5h du mat’, qu’on courrait pour chopper un bus qui nous amènera, en 2h, sur un cratère à plus de 3000m, et dont on fera le tour en galérant pendant plus de 5h… Mais quelle bonne idée ! Bienvenu dans « Les bons plans de Lilie » ». Résultat on rigole et on peut encore moins respirer ! Mais ça a le mérite de nous changer les idées quelques minutes 😂

On continue donc à monter lentement mais sûrement. En chemin, nous croisons deux dames et l’une d’elle galère encore plus que nous: elle est arrêtée, épuisée et à bout de force, elle n’arrive plus à reprendre sa respiration et pleure. On apprend qu’elles font parties d’un groupe d’une vingtaine de personnes, mais que tout le monde les a abandonné, y compris le guide… Jeff la rassure, la prend par la main et l’aide en la tirant dans les montées et en la retenant dans les descentes.

Nous arrivons finalement au sommet de la crête la plus difficile et la plus haute. Nous sommes à 3 930m et nous ne sommes pas peu fiers de l’avoir gravit, tout en aidant ces deux dames, et malgré notre fatigue.

Après une pause nous repartons tous les 4. Nous avons beau avoir monté la crête la plus haute, nous ne sommes pas arrivés pour autant et il nous reste encore pas mal de chemin.
Malgré l’aide de Jeff, la dame est épuisée et dit qu’elle va mourir ici. On fait des pauses régulièrement, on la rassure en lui disant qu’on ne va pas les laisser là, et Jeff joue la Pom-Pom girl en l’encourageant à chaque pas (c’est quoi au mausculin, un Pom-Pom men ? 🤭). Elle a des douleurs dans les genoux donc nous lui refilons un anti-douleur, ainsi que de l’eau car elle n’a plus rien a boire.

Pendant que Jeff aide la dame, moi j’ouvre le chemin en choisissant les passages qui me paraissent les plus simples. J’en profite parfois aussi pour prendre quelques photos car, malgré la difficulté, les paysages sont à couper le souffle !


Après 2h de marche avec les dames, il commence à pleuvoir… super !

Nous avons fait le plus dur mais il nous reste au moins encore 1h de marche. La petite dame n’en peut plus (l’autre se débrouille super bien et je suis admirative car elle a 70 ans), et Jeff commence à vraiment fatiguer et à avoir des douleurs dans ses genoux. Par chance, nous tombons sur un panneau indiquant un centre communautaire et décidons d’y aller en espérant que quelqu’un pourra nous aider. On arrive à y négocier qu’une voiture nous ramène à Quilotoa pour 10$US. Tout le monde est soulagé ! Les 2 dames racontent au chauffeur qu’elles ont été abandonnées par leur guide et leur groupe, et que nous sommes leurs anges qui les avons aidé et sauvé la vie. Elles nous remercient un nombre incalculable de fois. Arrivées à Quilotoa, elles vont rejoindre leur bus où tout le monde les attend au sec et bien au chaud, depuis au moins 1h. Nous serions elles, nous taperions un scandal auprès du guide complètement irresponsable !

Bref, ça ne nous regarde plus; elles sont saines et sauves dans leur bus, et pour nous c’est tout ce qui compte !
On se trouve un petit restaurant pour manger et reprendre des forces; mais aussi pour nous sécher et nous réchauffer au coin d’un feu. On commande un bon chocolat chaud, et sommes trop contents de pouvoir enfin nous reposer. On se dit quand même que les deux femmes ont eu de la chance car d’autres personnes les ont doublé sans même s’arrêter et que nous, nous n’étions vraiment pas sûrs de faire la boucle ce matin… Je suis plus qu’heureuse que nous ayons pris cette décision et d’avoir aidé ces personnes. Je me sens également infiniment chanceuse de partager la vie d’un homme au grand cœur et qui se soucie des autres 🙏❤️

La pression retombée, le ventre plein et réchauffés, nous sommes prêts à nous remettre en mouvement. On sait qu’il y a un bus toute les heures pour repartir. Le serveur nous dit qu’il part entre 16h et 16h15. Il est 16h10, on est KO et on sait que nous avons encore 2h de route, donc on croise vraiment fort les doigts pour que le bus soit encore là. Armés de notre parapluie, nous marchons d’un pas rapide en direction de l’arrêt. On s’en rapproche et là on aperçoit notre bus… en train de partir !! Alors, comme on dit « jamais deux sans trois », on se met une fois de plus à courir en faisant de grands signes avec nos bras et le parapluie. Le bus s’arrête. On monte dedans et il part direct. Nous avons commencé la journée en courant et la finissons de la même façon, mais nous nous estimons très chanceux de ne pas avoir à attendre 1h sous la pluie.
Nous arrivons à l’hôtel au bout du rouleau. On se douche, on mange des fruits et des gateaux qu’il nous restait, et on s’écroule dans notre lit pour un repos bien mérité après cette journée riche en émotions et en paysages magnifiques. Cette journée, on est pas prêts de l’oublier !
Voilà, j’espère que la balade autour du volcan Quilotoa vous aura plu, et que nos mésaventures vous auront fait sourire puisqu’elles finissent toutes bien. On vous bizowte vos faces et on vous dit à très vite 🥰


